Moi Julien, père et meurtrier …

( suite de mon précédent article  » Histoire d’un bébé  » )

Je suis Julien, 35 ans et aujourd’hui 30 août 1841 je rentre au bagne de Toulon …

peines

Je suis arrivé ici enchaîné par le cou, ( en groupes de 24, les cordons ou cadènes ) sur des haquets ( sorte de chariots ) :

haquet bagne

Là on me rase les cheveux, donne une veste de laine rouge, un gilet de laine rouge, une chemise de toile blanche, un pantalon de toile jaune et une paire de souliers ferrés sans bas. On m’a aussi fourni un bonnet de laine, vert pour moi qui indique aux autres que j’y suis à perpétuité ( couleur rouge pour les condamnés à temps ) . Une plaquette de fer-blanc, portée sur la casaque, le gilet et le bonnet, indique mon matricule car ici et maintenant, je ne suis plus qu’un numéro … parmi tant d’autres .

matricule

Puis on m’ enchaîne avec un autre forçat, nous devons toujours être deux un “ancien” à un nouveau venu. Pour cela, on m’a rivé une manille autour de la jambe droite , à cette manille, on a fixé une chaîne de neuf maillons d’environ 16 centimètres et lourde de sept à onze kilos, que je fixe à ma ceinture. On réunit ensuite ces deux chaînes par trois anneaux de fer, appelés organeaux …  On me dit que si j’ai une bonne conduite on pourra, après quatre ans, me mettre à la chaîne brisée, aussi appelée la demi-chaîne : on rompt les organeaux ; je ne garde ainsi que la moitié de la chaîne, c’est-à-dire neuf maillons, d’où l’expression, cependant, on continuera à m’enchaîner pendant la nuit .                                                                         Me voici prêt pour ma nouvelle vie .

Deux forçats ainsi accouplés étaient appelés chevaliers de la guirlande … Je fais  un  » chevalier  » bien triste ce jour là …

bagnards350

Les gardes nous font lever l’hiver à six heures, l’été à cinq heures et on débute le travail une heure plus tard,  à midi le déjeuner est pris dans la salle commune pendant une heure .                Là une maigre pitance m’est servie, un pain noir, des fèves, des légumes secs, les jours de durs travaux c’est amélioré de viande et de vin, ah que je regrette les bons repas de Marie …  Je reprends le travail jusqu’à huit heures du soir (en hiver) ou jusqu’ à neuf heures (en été). Après le souper, c’est l’extinction des feux . Mon lit n’est plus la moelleuse couche de ma ferme, ce n’est plus qu’un grand banc de bois au bout duquel se trouvent des anneaux de fer pour m’ enchaîner encore la nuit, dans des grandes salles froides, juste chauffées aux mois les plus froids d’hiver, je dors habillé, sans couverture, ni matelas, ça ce n’est accordé qu’aux forçats ayant une bonne conduite …

dortoire

Ma vie s’écoule ainsi  sans autres histoires que celles du bagne et de ses occupants pour varier mes journées …  QUAND … arrive l’incroyable nouvelle !!

Sa majesté Napoléon III instaure sa fête au 15 août et à cette occasion m’accorda une grâce!  Ma perpétuité est commuée en 20 années de travaux forcés !

fete napoleon

Je me sens plus léger, je vais enfin revoir ma Sarthe …  revoir … peut-être … ma famille …

Je reste encore 8 ans à Toulon, quand une seconde nouvelle vient de nouveau bouleverser mon existence …  j’ai la soixantaine … ce qui me permet d’être détaché de la chaîne le 6 décembre 1866 et mis à la disposition de Monsieur le Maire de la ville de Toulon pour être transféré comme sexagénaire ( conformément à l’article 5 de la loi du 30 mai 1854 instaurant la « retraite » à 60 ans pour les bagnards ).                                                                                     Je suis transféré à la forteresse de Belle-Île-en-Mer

belle-ile-prison

J’ai encore 3 ans à faire, pour finir mes vingts ans de peine, mille questions me taraudent, mais surtout une plus que les autres :  Marie et les enfants, accepteront ils de me revoir ?  de me reprendre à la ferme familiale ? … Je n’ai plus jamais eu de nouvelle de J-L .M. , je ne sais ce qu’il est advenu d’elle …

Le Jour tant attendu est enfin là !

portes ouverte

Et ….

  • Je ne sais point ce qu’il se passa à sa sortie pour Julien, que firent Marie et les enfants … Mais en 1869, un an après sa sortie, je trouve l’acte de décès  de Julien à Poncé sur le Loir (72) … chez lui !                                                                                                                                C’est son fils et son beau-frère qui déclareront sa mort :    dce julien assassin 1869 poncé un

dce julien assassin 1869 poncé deux

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7 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. jmg013 dit :

    L’article est très intéressant ; il est juste dommage que vous ne disiez pas pourquoi il est au bagne.

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    1. Lolo Heureuse dit :

      Bonjour jmg013 , merci, c’est la suite de  » Histoire d’un bébé  » mon précédent article … j’ aurai du peut-être le préciser sur cet article là …

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      1. jmg013 dit :

        Merci et excusez ma négligence ! Je vais m’empresser de lire le 1er article.

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      2. Lolo Heureuse dit :

        Pas de négligence de votre part !! c’est moi , débutante sur les blog, qui aurait du mieux préciser 🙂

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      3. jmg013 dit :

        Pour une débutante, vous vous débrouillez bien ! Bonne journée à vous aussi.

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    2. Lolo Heureuse dit :

      Merci de me l’avoir dit, j’ai rectifier par une petite note en haut de l’article 🙂 bonne journée 🙂

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